Newsletter Juillet 2025 : Le droit à la déconnexion à l’ère du télétravail : ce que les entreprises doivent savoir

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Nathalie
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LE DROIT A LA DECONNEXION A L'ERE DU TELETRAVAIL : CE QUE LES ENTREPRISES DOIVENT SAVOIR

L’Accord national interprofessionnel (ANI) du 19 juillet 2005 a posé les premières bases juridiques du télétravail en France, en le définissant comme « toute forme d’organisation du travail effectuée hors des locaux de l’employeur, grâce aux technologies de l’information et de la communication ». Cette définition, issue de l’accord-cadre européen de 2002, a été intégrée dans le Code du travail en 2012, puis consolidée par les ordonnances Macron de 2017. Malgré ce cadre juridique, le télétravail a parfois été perçu avec méfiance par les employeurs, attachés à la présence physique des salariés dans les locaux. La pandémie de Covid-19 a tout changé puisqu’en quelques semaines, le télétravail est devenu une nécessité incontournable pour assurer la continuité de l’activité économique tout en protégeant la santé des salariés. Aujourd’hui, ce mode de travail fait partie intégrante des entreprises. La majorité d’entre elles proposent désormais en moyenne trois jours de télétravail par semaine. Les recruteurs constatent par ailleurs que les postes offrant cette flexibilité attirent davantage de candidats, notamment parmi la génération Z, qui fait du télétravail un critère prioritaire dans le choix d’un emploi. Le télétravail soulève cependant des défis majeurs. La frontière entre vie professionnelle et vie personnelle s’est estompée, exposant les salariés à un risque accru de surcharge mentale, de burn-out ou d’accident du travail, parfois plus important que lorsqu’ils étaient présents dans les locaux. Pour les employeurs, cela signifie une responsabilité renforcée en matière de santé au travail et de prévention. Dans ce contexte, le droit à la déconnexion, inscrit dans le Code du travail (loi Travail du 8 août 2016), apparaît comme un enjeu clé. Il vise à garantir aux salariés la possibilité de couper avec leurs outils numériques en dehors du temps de travail pour préserver leur vie privée. Or, le télétravail et le droit à la déconnexion peuvent paraître difficilement conciliables, dans la mesure où le télétravail repose sur une plus grande flexibilité et sur la possibilité d’être joignable à distance, y compris parfois en dehors des horaires habituels de travail. Dans cet article, nous allons voir comment les entreprises peuvent articuler le droit à la déconnexion avec le développement du télétravail.

1. Le droit à la déconnexion : un principe central de protection des salariés

Le droit à la déconnexion, inscrit à l’article L2242-17 du Code du travail, vise à garantir le respect des périodes de repos et des congés des salariés, tout en favorisant un équilibre harmonieux entre vie professionnelle et vie privée.

Il concerne aussi bien les salariés travaillant dans les locaux de l’entreprise que ceux en télétravail, dès lors qu’ils utilisent des outils numériques susceptibles de les rendre joignables en dehors des horaires de travail. Ce droit s’inscrit pleinement dans l’obligation générale de sécurité incombant à l’employeur, qui doit veiller à préserver la santé physique et mentale de ses salariés, y compris dans le cadre du télétravail.

2. Les modalités d’application du droit à la déconnexion en entreprise

Si le droit à la déconnexion est reconnu pour tous les salariés, ses modalités d’application peuvent différer selon les caractéristiques de chaque entreprise, comme son secteur d’activité, sa taille ou son organisation interne. C’est pourquoi le législateur privilégie la négociation collective, afin de permettre une adaptation concrète de ce droit aux réalités du terrain. Pour les entreprises dotées de représentants syndicaux, le sujet du droit à la déconnexion doit être intégré dans les négociations annuelles (NAO) portant sur la qualité de vie au travail (QVT) et l’équilibre entre vie professionnelle et personnelle. Ces négociations visent à fixer les modalités permettant aux salariés d’exercer pleinement leur droit à la déconnexion, tout en instaurant des dispositifs pour encadrer l’usage des outils numériques, afin de préserver les temps de repos, les congés et la vie familiale. Lorsqu’aucun accord collectif n’a été conclu, l’employeur a l’obligation de définir un cadre unilatéral, en élaborant une charte interne, après consultation du CSE, qui détaille les règles d’usage des outils numériques en dehors du temps de travail. Ce document doit également prévoir des actions de sensibilisation et de formation, à destination aussi bien des salariés que de l’encadrement, afin d’encourager une utilisation équilibrée des technologies. L’employeur doit aussi évaluer les risques associés à l’hyperconnexion, en tenant compte des outils utilisés, et d’inscrire ces risques dans le document unique d’évaluation (DUE), pour protéger la santé physique et mentale des collaborateurs. Enfin, même si aucune négociation collective n’est obligatoire, l’employeur est tenu de veiller au respect effectif du droit à la déconnexion au sein de l’entreprise.

3. Droit à la déconnexion et télétravail : comment trouver le juste équilibre ?

Le droit à la déconnexion est particulièrement difficile à appliquer dans le cadre du télétravail. Travaillant depuis son espace privé, le salarié évolue dans une zone floue où les

frontières entre vie professionnelle et vie personnelle s’estompent. Bien que le Code du travail ne mentionne pas explicitement le droit à la déconnexion dans les articles consacrés au télétravail, il en tient compte de manière implicite. En effet, il impose à l’employeur de définir les modalités de suivi du temps de travail, de réguler la charge de travail et de fixer des plages horaires de joignabilité ; autant d’éléments qui visent à protéger le salarié de l’hyperconnexion. Aussi, il est primordial de définir de manière précise ce que recouvre concrètement le droit à la déconnexion pour les télétravailleurs. Pour cela, plusieurs mesures peuvent être mises en place par l’entreprise afin d’encadrer ce droit, parmi lesquelles :

o Définir des plages horaires fixes durant lesquelles les télétravailleurs doivent rester joignables, afin de clarifier les périodes de disponibilité professionnelle.

o Mettre en place des dispositifs informatiques bloquant l’accès aux messageries professionnelles en dehors de ces horaires, garantissant ainsi un réel temps de repos.

o Former les équipes et collaborateurs, via supports écrits et/ou des sessions de sensibilisation, ou des communications internes pour promouvoir la culture du respect du droit à la déconnexion.

o Intégrer une mention sur le droit à la déconnexion dans la signature des mails, rappelant systématiquement à tous les interlocuteurs cette obligation essentielle.

4. Droit à la déconnexion : quelles sanctions pour l’employeur en cas de manquement ?

En cas de non-respect de l’obligation d’aborder la question du droit à la déconnexion lors des négociations annuelles obligatoires (NAO), l’employeur s’expose à une peine pouvant aller jusqu’à 1 an d’emprisonnement et 3750 euros d’amende. En revanche, le Code du travail ne prévoit pas de sanction spécifique si l’entreprise ne dispose pas d’une charte formalisant le droit à la déconnexion des salariés. Enfin, le non-respect des temps de repos quotidien et hebdomadaire des salariés expose l’employeur à des sanctions civiles et pénales, notamment en cas d’atteinte à la santé et à la sécurité des travailleurs.